Avant de partir, je disais de manière insouciante : "Oubliez ça, je sais déjà que je vais pleurer pendant le voyage". J'avais un peu raison. Je ne pensais pas que ce serait dans de tes circonstances. J'ai versé des larmes deux fois, seulement deux.
Ma première fois fut lors de ma première semaine de voyage, où nous n'étions que 8 à vivre un quotidien assez haïtien. Je suis presque sur que c'était un jeudi, le troisième jour. On était attablé tous ensemble, comme chaque soir, à parler de la journée, de ses points forts et de ses points faibles. Je me rappelle exactement de quelle manière nous étions assis autour de la table. J'étais entre Robert et Fredouche, évachée sur ma chaise de plastique. On discutait du camp de sinistré que nous étions allés voir la veille et que notre chef, Robert, et notre guide, M. André, avait revisité dans la journée. Le camp, que nous appelions tous le centre, était déjà quelque chose en soit, mais rien pour me submerger de tristesse. Notre chef et notre guide y avait malheureusement appris des choses forts désagréables pendant leur passage cette journée là. C'est Robert qui nous a introduit la nouvelle en nous disant qu'un des haïtiens du centre le remerciait d'être venu, pour les filles. L'homme s'exprimait un peu mal en français et a sortie un drôle de phrase à Robert qui a voulu en savoir plus. Sans vraiment s'en rendre compte, l'homme venait d'expliquer que les jeunes filles du centre, des adolescentes de 14, 15 et 16 ans environ, étaient victimes d'abus et de la par du comité chrétien qui se chargeait en partie de la gérer. Grosse nouvelle non? On reste un peu sans voix, le moral est bas mais on continue la discussion. Voyant que notre amie France était plus silencieuse qu'à l'habitude, le grand chef lui demande si ça va. Il n'en faudra pas plus pour qu'elle éclate en sanglots. Elle était a peine capable de formuler le fond de sa pensée mais je la comprenais très bien. Nous étions mêlés à une situation consternante. Le pire dans cela est que la veille nous les avons rencontrer ces jeunes femmes. On console France qui reprend son souffle, on parle encore un peu et le téléphone sonne. Robert et André se lève pour gérer ce problème téléphonique et c'est mon tour. Cela faisait déjà quelques minutes que je suivais plus la conversation. Je pleure délicatement, en cherchant mon air. La main de Fred vient automatiquement se perdre dans mon cou en signe de réconfort. Je suis moi aussi incapable d'exprimer toute la peine qui me secoue. On savait bien que le pire pouvait arrivé mais voir nos doutes se confirmer est toujours un peu ébranlant. Les autres me regardent et me comprennent. Les garçons ne pleureront pas eux ce soir là mais auront un air dur de gravé un visage pour un moment. La main de Fred est toujours dans mes cheveux et j'ai peine à expliquer à quelle point je suis mal devant cette situation : elle arrive dans un contexte déjà affreux, installe un climat de peur au sain du camp, arrive a des filles qui ont presque mon âge. Le pire, c'est que nous savons tous très bien qu'après notre départ, malgré tous les changements que l'on opère, les choses redeviendront probablement comme elles l'étaient au départ.
[...] Ma deuxième crise de larmes étaient dignes d'un film dramatique. Contrairement à la première fois, j'ai retenu du mieux que je le pouvais toute cette démonstration de tristesse et ce, en vain. Lors de notre dernier dimanche soir, on nous annonce que nous ne partirons pas mardi pour l'aéroport mais bel et bien une journée avant, soit le lendemain matin. Peu de temps après, la nouvelle est contredite à cause d'un conflit d'horaire. On pousse tous un soupir de soulagement. On se réjouit de pouvoir passer notre dernière journée en Haïti avec les autres. On passe une soirée tranquille à jaser, rire et en commençant à faire signer nos journaux de bord par nos amis. Tous le monde se couche tôt car même les journées de congé peuvent être exténuantes là-bas. À 11:30, Bruno vient me réveillé dans mon lit en disant de sortir de la chambre. Quand je vois tous mes camarades qui doivent quitté en même temps que moi, je comprends bien vite. On par demain matin, à 6:00 du matin c'est la fin. Toute endormie, je mets le réveille à 5:00 et je suis trop chicken pour aller porter mon journal sur la table pour que Robert me le signe avant de partir (il me restait une petite parcelle de peureuse et de timide il faut croire). À 5:00, je réveille tout le monde. Pas le temps de se jeter dans la mer une dernière fois, je rassemble mes choses à la vitesse de l'éclair. J'ai la gorge serrée pendant que j'empilais mes choses et que je vois Fred faire de même pendant que nos deux co-chambreurs commencent à comprendre ce qui se passe. À 5:30, comme je l'espérais, j'ai le temps d'aller signer le carnet de mission, celui sur lequel on laisse sa trace juste avant de partir. Je commence mon message par " ce matin, j'ai le coeur gros " et je pleure. Tout doucement, je verse des larmes qui me brouille la vue sur ce que je laisse derrière moi, mes dernières impressions sur cette aventure de fou. France vient me rejoindre et dans cette atmosphère de nostalgie, elle signe mon journal. J'ai le visage déjà tout trempe quand, à 5:50, Gabrielle et moi allons réveillé tout le monde dans leur lit pour faire nos aux revoirs. J'ai fait mon possible pour ne pas pleurer, mais plus les chambres passaient, plus il me faisait mal de devoir quitté un quotidien, un endroit et des gens que j'aimais tant.
On commence en remplir les autos et André nous dit d'accéléré, vite, vite! Les gens commençaient à peine à sortir des chambres et à réaliser, que pour eux aussi, la fin est plus proche qu'avant. Je serre quelques dernières personnes dans mes bras. Je pleurniche dans les bras d'Émilie, je donne deux beaux becs à Andréi et Luka, je serre une dernière fois la main de Mathieu dans la mienne juste devant les grandes portes métalliques d'un orange bizarre que je vais franchir pour la dernière fois avant longtemps. On avance sur la route de Port-au-Prince et Laurence aussi verse quelques larmes. Je m'excuse auprès de Sébastien qui est assis à côté de moi dans l'auto, "pardon, mais il me reste encore un peu de peine à sortir"
Oui, quand j'ai pleuré, il y avait toujours une main réconfortante autour de moi. Il y a toujours eu une épaule sur laquelle je pouvais accoter mes peines pour qu'elles me semblent moins lourdes. C'est sans doute pour cela que je n'ai pas eu peur. Non, j'ai eu de la peine mais pas de réelles craintes. J'ai pleuré et pourtant j'aurais cru avant l'aventure que ce serait parce que je suis mal, parce que la maison me manque. Tout au contraire, quitté m'a bouleversé mais ce fut un beau moment. Je me le rappellerais toujours, il était si théâtral ce matin du départ, où je suis allée saluer la mer et les montagne une dernière fois.
lundi 12 juillet 2010
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